« Celui qui crée les conditions d’une surprise ne s’arrête pas où sa pensée l’arrête. Il loge sa confiance dans ce qui pourrait ne pas être, dans ce qui semble inconstant, dans le potentiellement coupant, dans le présumé coupable. Il fait preuve de persévérance dans l’abandon, y consacrant un temps aussi malléable qu’un morceau de glaise, il s’en (re)met à bandon, au pouvoir de l’évènement, de l’accident. Il atteint ou n’atteint pas sa surprise : Une oeuvre franche, belle à l’intérieur, comme un bouton de fleur demeuré clos.

 

Par exemple, un poème apparaît : Serpent Cyprès. Puis réapparaît : Serprès Cypent. Il s’inscrit, se fait prendre en photo. Il résiste toute une année, est imprimé sur du calque, du papier conditionné en rouleau. Alors il se courbe, et avec lui les lettres et mots se gauchissent. C’est la première Mue du poème. Le jardin en est envahi : boas des perroquets, couleuvres faux corail, crotales des bambous, fers de lance communs, maîtres de la brousse, pythons arboricoles, taïpans du désert, vipères heurtantes, couresses à ventre rouge, vipères des pyramides. Un Ensemble de peaux. Toujours renouvelée, l’hypothèse le fait paraître à nouveau : poème à la vipère, aspic tempe bleue brûle mytho. C’est une alliance de lettres, l’union libre dont le serpent est le trait.

 

Ce trait d’union est discret, droit et horizontal, courbe et vertical. C’est un signe : les mots sont libres et égaux dans la phrase. D’usage, il marque l’alliance de deux étrangers, de deux familles, et ce n’est pas son seul pouvoir puisqu'il peut changer le goût des choses (les pieds-de-moutons sont plus amers que les pieds de moutons) et le destin des hommes (entre deux dates sur une pierre tombale). Le trait d’union marque aussi l’expression d’un doute, c’est le non-dit qui s’expose et qui s’écrit. Le fait est que les mots sont tordus, c’est pour ça qu’ils vont bien partout : sur des pages, dans des bouches ou entre des mains qui leur offriront une forme réelle.»

 

Mathilde Garcia-Sanz

En pratiquant divers médiums et la création collective, Xabi explore la notion du fragment et de la porosité entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. 

Porté par des réflexions sur des environnements naturels et leurs représentations dans la fiction. Son vocabulaire s’inspire notamment de la danse, de l’archéologie, de l’histoire de l’art, des jeux vidéo, de l’art minimal et du théâtre. 

Il compose ses installations comme des dessins à explorer, formulant des hypothèses narratives qui s’enracinent dans le terrain du jadis, d’archaïsmes pluriels et de futurs indéterminés.